La filière de réemploi et de recyclage des textiles traverse une crise sans précédent. Alors que la Belgique affiche les meilleurs résultats d’Europe en matière de collecte sélective, les entreprises sociales membres de RESSOURCES qui assurent ce service public (TERRE asbl, Les Petits Riens, Oxfam Belgique) sont aujourd’hui au bord de l’asphyxie. L’explosion des volumes collectés (+12,7 % entre 2023 et 2024 et +6 % déjà en 2025), combinée à la vague de textiles de piètre qualité issue de la fast fashion, rend le modèle économique intenable. Les coûts de collecte et de tri ont doublé en 7 ans, atteignant 710 €/tonne, sans qu’aucun mécanisme de financement structurel ne soit en place avant l’arrivée d’une Responsabilité Élargie du Producteur (REP), attendue au plus tôt en 2028, et ce malgré l’entrée en vigueur de l’obligation de collecte sélective des textiles, le 1er janvier dernier.
Une pression politique pour obtenir un financement transitoire
Face à ce gouffre financier, la Fédération RESSOURCES a multiplié les démarches auprès des gouvernements wallon et bruxellois, ces 12 derniers mois, afin de mettre en place un soutien transitoire. Sans ce filet de sécurité, ce sont plus de 500 emplois et tout un service d’intérêt général qui risquent de disparaître, avec un coût social et environnemental bien plus lourd pour les pouvoirs publics et pour le secteur tout entier.
Ces efforts de plaidoyer ont porté leurs premiers fruits en Wallonie : le 17 juillet dernier, le Gouvernement wallon a adopté en première lecture une révision de l’AGW Réemploi intégrant une compensation pour le tri textile, en dehors des flux destinés au réemploi ultra local.
Quatre mesures sont prévues :
- Une compensation de 151 €/tonne de textile triée, en plus des 400 €/tonne déjà octroyés pour le réemploi local. Un système d’avances à hauteur de 75 % seront versées au premier semestre, avec solde après contrôle l’année suivante. Le financement s’opérera via le fonds déchets, sous la surveillance du mécanisme de non-surcompensation de l’AGW, garantissant transparence et usage strictement lié aux missions de service public.
- Une aide d’urgence exceptionnelle de 250.000 € pour renforcer les capacités de stockage face à l’augmentation de textiles usagés durant une année.
- L’exonération de la taxe sur l’incinération des déchets textiles ultimes issus de la collecte sélective opérée par les entreprises de l’économie sociale actives dans la seconde main.
- Une campagne de communication pour encourager les bons gestes de tri, ce qui devrait limiter la présence de textiles souillés non valorisables dans les flux collectés.
Il s’agit d’une première étape importante dont nous pouvons collectivement nous féliciter. Toutefois, ses effets concrets pour les acteurs actifs en Wallonie ne se feront sentir qu’à la fin de l’année, après la troisième lecture et la mise en exécution de la révision de l’AGW !
Une vigilance indispensable à Bruxelles et en Flandre
En parallèle, la Fédération poursuit des démarches similaires auprès de la Région de Bruxelles-Capitale et en Flandre, avec le même objectif : sécuriser un financement transitoire jusqu’à la REP. Comme lors de nos mobilisations médiatiques en juin et juillet derniers, nous n’hésiterons pas à interpeller l’opinion publique si nécessaire. Car malgré ce premier pas en Wallonie, la situation des acteurs de la collecte sélective des textiles reste extrêmement préoccupante et exige une réponse coordonnée à l’échelle du pays et au niveau européen.
Ce point sera prioritairement traité lors du GT filière textile du second semestre 2025, le 30 septembre prochain à Bruxelles.