Une réforme qui détruit l’emploi d’insertion… au moment même où on en a le plus besoin
La réforme des aides à l’emploi (SINE) portée par le Gouvernement Wallon place les acteurs de l’économie sociale et circulaire dans une impasse. Si le projet de réforme est maintenu en l’état, ce sont des centaines de travailleurs et des dizaines de services à la population qui pourraient disparaître de nos paysages locaux.
L’économie sociale n’est pas qu’une alternative : c’est une solution concrète. Depuis des décennies, les membres du réseau RESSOURCES transforment nos déchets en ressources, tout en offrant une seconde chance à des personnes éloignées du marché de l’emploi. Aujourd’hui, ce modèle est en péril.
Un séisme social : 301 emplois en première ligne
Le texte de réforme, porté par le Ministre Pierre-Yves Jeholet et récemment adopté en deuxième lecture, prévoit l’intégration du dispositif SINE (Solidarité Intégration Économie) dans un nouveau système de primes à l’embauche.
Derrière ces termes techniques se cache une réalité humaine brutale : 301 emplois sont directement menacés au sein de notre réseau de ressourceries et de magasins de seconde main.
À titre d’exemple, la Ressourcerie Le Carré (Wallonie Picarde) illustre parfaitement l’ampleur du désastre annoncé : sur ses 176 travailleurs, 44 contrats SINE sont aujourd’hui en danger. Ces hommes et ces femmes, souvent issus de parcours d’insertion, réalisent un travail essentiel : collecter 2 500 tonnes de biens par an avec un taux de réutilisation de 70 %. Constat identique à la Ressourcerie Restor (Tubize) où la situation est critique. Chez RESTOR c’est 120.000 € de budget qui est menacé, ce sont 3 engagements annulés et une équipe à bout. Une menace existentielle après 22 ans d’activité !
Plus qu’une perte d’emplois, c’est un coût pour le citoyen. En Supprimant les SINE, ce ns sont pas des économies qui sont réalisées, c’est un déplacement des coûts vers les citoyens qui est opéré.
Si ces structures ferment ou réduisent la voilure, ce sont des dizaines de services de proximité qui disparaîtront : ressourceries, points vélo, matériauthèques et commerces de seconde main à petits prix.
Mais l’impact ne s’arrête pas là. Il touchera directement le portefeuille des Belges :
- Augmentation du coût vérité : Moins de réutilisation signifie plus de déchets à traiter par les intercommunales.
- Hausse de la taxe déchets : En perdant le maillon de l’économie sociale, le coût de gestion des déchets pour la collectivité va s’alourdir, se répercutant inévitablement sur la taxe payée par les citoyens.
Moins d’emplois d’insertion aujourd’hui conduira à plus de déchets et plus de taxes demain.
« Le SINE est la fondation sur laquelle l’économie sociale s’est construite. Sans un soutien adapté, c’est tout l’édifice de la transition circulaire qui s’effondre. »
Ce que nous demandons
Le secteur ne s’oppose pas au changement, mais il exige une réforme qui respecte la réalité du terrain. Nous formulons trois propositions concrètes :
- Sanctuariser le budget : Préserver l’enveloppe actuellement consacrée au dispositif SINE pour les entreprises d’économie sociale.
- Permettre la reconduction : Autoriser le renouvellement des aides lorsque le parcours d’insertion du travailleur le nécessite.
- Maintenir un soutien spécifique : Garantir des moyens adaptés aux Entreprises d’Insertion et aux IDESS pour assurer leur rôle de tremplin vers l’emploi durable.
L’Économie Sociale : une solution, pas un problème
Avec un taux de chômage qu’il faut encore résorber en Wallonie, nos entreprises sont des alliées stratégiques. Elles créent de la valeur locale, non délocalisable, et répondent aux urgences climatiques.
Nous appelons nos représentants régionaux à entendre ce cri d’alarme. Détruire ces emplois aujourd’hui, c’est fragiliser la Wallonie de demain. Fragiliser l’économie sociale, c’est saboter l’emploi d’insertion, abandonner les personnes déjà fragilisées.
Vous souhaitez soutenir notre action menée en collaboration avec Concertes, la Fédération représentative de l’économie sociale en Wallonie ? Partagez la vidéo et interpellez vos élus locaux.